La problématique de la cohabitation entre l’exploitation minière artisanale et industrielle demeure l’un des défis majeurs du secteur extractif congolais. Cette question a été au cœur des réflexions menées lors des Journées scientifiques organisées à l’Université de Lubumbashi (UNILU), sous le thème : « Exploitation minière industrielle et artisanale en RDC : enjeux technico-économiques de la cohabitation et des usines sans gisements ».

Parmi les intervenants de marque figurait le Professeur Willy Kitobo Samsoni, ministre honoraire des Mines, qui a livré une analyse approfondie des défis structurels auxquels fait face l’industrie minière congolaise dans un contexte marqué par la multiplication des unités de traitement métallurgique dépourvues de gisements propres.

Une cohabitation devenue inévitable

Selon le Professeur Willy Kitobo Samsoni, l’avenir du secteur minier congolais repose sur la capacité des autorités à instaurer un équilibre durable entre les exploitants artisanaux, les sociétés minières industrielles et les nouvelles usines de traitement qui dépendent largement de l’approvisionnement provenant des mines artisanales.

« La question n’est plus de savoir si l’exploitation artisanale et industrielle peuvent coexister. Cette coexistence est devenue une réalité. Le véritable enjeu consiste à organiser cette cohabitation de manière rationnelle afin qu’elle bénéficie à l’économie nationale », a-t-il expliqué.

Pour l’ancien ministre, les tensions observées dans plusieurs provinces minières trouvent leur origine dans une occupation désordonnée de l’espace minier, favorisant les conflits entre détenteurs de permis, coopératives minières et communautés locales.

Rationaliser le foncier minier pour sécuriser les investissements

Le Professeur Kitobo estime que la première réforme doit porter sur une meilleure affectation des ressources géologiques conformément aux dispositions du Code minier.

Cette approche implique notamment :

* Une caractérisation scientifique préalable des gisements ;
* L’attribution des petits gisements aux exploitants artisanaux ;
* La préservation des grands gisements pour l’exploitation industrielle nécessitant des investissements lourds ;
* La mise en place de mécanismes de rétrocession ou d’amodiation permettant aux sociétés minières de céder certaines portions non stratégiques de leurs concessions au profit des communautés locales.

Selon lui, cette démarche permettrait non seulement de réduire les conflits sociaux, mais également de renforcer la sécurité juridique recherchée par les investisseurs internationaux.

Le défi des usines sans gisements

L’un des points majeurs développés lors de ces Journées scientifiques concerne la prolifération des usines de traitement métallurgique ne disposant pas de gisements propres.

Pour Willy Kitobo Samsoni, ce phénomène traduit la volonté du pays de développer une transformation locale des minerais, mais soulève également plusieurs interrogations sur la durabilité de leur approvisionnement.

« Les usines sans gisements peuvent constituer un formidable levier d’industrialisation et de création de valeur ajoutée locale. Cependant, elles nécessitent une politique d’approvisionnement claire, transparente et traçable afin d’éviter une pression excessive sur l’exploitation artisanale et les concessions industrielles », a-t-il souligné.

Cette problématique est particulièrement sensible dans les filières du cuivre et du cobalt, où la demande des unités de traitement continue de croître sous l’effet de la transition énergétique mondiale.

Repenser le rôle du SAEMAPE

Au centre de cette réforme figure également le Service d’Assistance et d’Encadrement des Mines Artisanales et de Petite Échelle (SAEMAPE).

Pour le ministre honoraire, cette institution doit retrouver sa vocation première d’encadrement technique des exploitants artisanaux.

« Le SAEMAPE ne doit pas être perçu comme un simple service de perception. Sa mission fondamentale est d’assurer la sécurité des exploitants, d’encadrer les méthodes d’extraction et d’accompagner la professionnalisation du secteur artisanal », a-t-il déclaré.

Le renforcement du SAEMAPE devrait notamment permettre :

* La réduction des accidents et éboulements ;
* L’amélioration des conditions de travail ;
* La lutte contre le travail des enfants ;
* L’intégration des standards environnementaux et sociaux exigés par les marchés internationaux.

Traçabilité et captation de la valeur ajoutée

Le Professeur Kitobo a également mis en avant le rôle stratégique de l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et de RégiConso dans la structuration du marché artisanal.

Selon lui, ces structures peuvent contribuer à formaliser les circuits de commercialisation, garantir un prix équitable aux producteurs artisanaux et assurer une meilleure traçabilité des minerais.

L’objectif poursuivi est de faire en sorte que les minerais extraits sur le territoire national alimentent prioritairement les unités de transformation installées en RDC avant leur exportation vers les marchés internationaux.

Une telle approche permettrait d’augmenter significativement la valeur ajoutée captée localement tout en renforçant la compétitivité de l’industrie minière congolaise.

Une réforme indispensable pour l’avenir du secteur

En conclusion, le Professeur Willy Kitobo Samsoni estime que la RDC dispose aujourd’hui d’une opportunité historique pour restructurer son modèle minier.

Face à la croissance de la demande mondiale en minerais stratégiques, notamment le cuivre, le cobalt et le lithium, le pays doit parvenir à transformer ses ressources naturelles en véritable moteur de développement industriel.

Pour y parvenir, la formalisation de l’exploitation artisanale, l’encadrement des usines sans gisements, la sécurisation des investissements et l’amélioration de la gouvernance minière apparaissent comme des priorités incontournables.

Les débats des Journées scientifiques de l’UNILU auront ainsi permis de mettre en lumière la nécessité d’une nouvelle vision du secteur minier congolais, fondée sur la complémentarité entre exploitation artisanale et industrielle, au service d’une croissance inclusive et durable.

THERESIA PHUATI CONSULTANTE EN COMMUNICATION INSTITUTIONNELLE ET EN STRATÉGIE MARKETING

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