Un an après sa prise de fonctions à la tête du ministère des Mines, Louis Watum Kabamba entend inscrire son action dans une logique de transformation structurelle du secteur minier congolais. Nommé le 8 août 2025 et officiellement installé le 13 août, le ministre a articulé son bilan autour d’une ambition centrale : faire des ressources minières un véritable moteur de croissance, d’industrialisation et de développement économique et social.

 

Sous l’impulsion du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et dans le cadre du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 conduit par la Première Ministre Judith Suminwa, la stratégie du ministère repose sur six axes : gouvernance, lutte contre la fraude, formalisation de l’artisanat, redistribution des revenus miniers, exploration géologique et développement de nouveaux projets structurants.

Gouvernance minière : cap sur la transparence et la donnée

La modernisation de l’administration minière constitue l’un des premiers chantiers engagés. Digitalisation des procédures, vulgarisation du Code minier, amélioration de la traçabilité et renforcement des mécanismes de certification doivent permettre à l’État de mieux connaître, contrôler et valoriser ses ressources.

 

Le Data Warehouse sectoriel et le guide des investisseurs s’inscrivent dans cette dynamique. La numérisation des contrats, études de faisabilité, statistiques et registres des opérateurs doit progressivement améliorer l’accès à l’information et la qualité de la décision publique.

Le dialogue avec le secteur privé a également été renforcé à travers un cadre permanent de concertation avec la Chambre des Mines de la FEC.

Sur le terrain, 36 entités de traitement ont fait l’objet de contrôles au Lualaba et au Haut-Katanga. Les inspections ont mis en évidence des insuffisances en matière de traçabilité, de statistiques, d’environnement et de conformité administrative.

Dans le même temps, la modernisation du CEEC, notamment à travers son nouveau laboratoire, vise à renforcer la fiabilité des analyses, la certification des substances minérales et la sécurisation de la chaîne de valeur.

Minerais stratégiques : mieux contrôler pour mieux valoriser

La dynamique de transformation intervient alors que les minerais stratégiques congolais occupent une place croissante dans les chaînes de valeur mondiales.

Le cobalt, dont le prix a franchi la barre des 56 000 dollars la tonne, illustre l’importance stratégique de ces ressources pour l’économie congolaise et pour les industries mondiales de la transition énergétique.

La RDC cherche parallèlement à développer davantage de capacités locales de transformation. À Kalemie, la raffinerie pilote d’or de DRC Gold Trading SA, annoncée avec une capacité de 600 kg par an, constitue une avancée vers une meilleure captation de la valeur ajoutée sur le territoire national.

La production de lithium vient également élargir le portefeuille minier du pays.

Contrebande : l’État veut reprendre le contrôle des flux

La lutte contre la fraude et la contrebande demeure un autre axe majeur de la politique minière.

Des suspensions d’activités minières ont notamment été décidées à Mwenga et Shabunda, au Sud-Kivu, ainsi que dans le Haut-Uélé, notamment à Aru et Mahagi. L’opérationnalisation de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière, consacrée par l’arrêté n°00237/2026 du 3 avril 2026, vient renforcer le dispositif institutionnel.

Le secteur aurifère constitue un indicateur important de cette stratégie de formalisation. En 2025, 2,851 tonnes d’or artisanal, représentant une valeur de 281,8 millions de dollars, auraient été captées dans les circuits formels.

Au-delà de la lutte contre la fraude, l’enjeu est économique : permettre à l’État de mieux maîtriser les flux, sécuriser les recettes publiques et accroître la valeur captée par l’économie nationale.

Artisanat minier : vers une formalisation progressive

Le ministère entend également transformer l’exploitation minière artisanale en un secteur mieux organisé et davantage intégré à l’économie formelle.

La stratégie repose notamment sur le renforcement du SAEMAPE, la traçabilité des productions et l’amélioration des conditions sociales et professionnelles des exploitants.

L’instauration de Protection Groupe, à travers l’arrêté ministériel n°00278/CAB.MIN/MINES/01/2026, introduit une assurance obligatoire pour les exploitants artisanaux regroupés en coopératives. La prime annuelle est fixée à 54 dollars, tandis que les indemnisations peuvent atteindre 3 000 dollars en cas de décès ou d’invalidité.

La viabilisation des Zones d’Exploitation Artisanale se poursuit également : 33 zones ont été identifiées au Lualaba et 31 au Haut-Katanga, tandis que la ZEA de Kasulu, à Kolwezi, est opérationnelle.

La structuration du cobalt artisanal, notamment à travers l’accord EGC-Trafigura, ainsi que les programmes AXIS et GOLDCONNECT, participent à cette volonté d’intégrer davantage la production artisanale dans des chaînes d’approvisionnement traçables.

Retombées minières : transformer les revenus en infrastructures

L’un des enjeux fondamentaux demeure la capacité du secteur minier à produire des effets économiques et sociaux au-delà des entreprises extractives.

Depuis 2019, 349,2 millions de dollars ont été collectés auprès de 44 sociétés minières. Ces ressources ont contribué à la mise en place de 46 organismes spécialisés et à l’approbation de 521 projets prioritaires, dont 335 sont annoncés comme réalisés et 186 en cours.

Les projets recensés couvrent notamment l’éducation, la santé, l’accès à l’eau et à l’énergie, l’agropastoral, les infrastructures routières et les activités socioculturelles.

Par ailleurs, 93 entreprises ont signé des cahiers des charges représentant 360,1 millions de dollars, soit une progression annoncée de 12,4 % par rapport à 2024.

La participation des Congolais au capital minier constitue également un axe de la politique du ministère. L’application de l’article 71 bis du Code minier consacre une participation minimale de 10 % des nationaux dans les entreprises minières en phase d’exploitation.

Avec le projet des « Léopards Miniers », l’ambition est désormais de faire émerger davantage de propriétaires et promoteurs congolais dans l’industrie minière.

Exploration : cartographier le potentiel encore inexploité

Pour une puissance minière comme la RDC, la connaissance du sous-sol constitue un enjeu économique stratégique.

Le ministère mise sur les nouvelles technologies, la recherche géologique et le développement des compétences nationales. Les partenariats avec le BRGM, JOGMEC, la Chine et Solafune doivent contribuer à renforcer les capacités scientifiques et techniques du pays.

Le partenariat avec la Chine a notamment permis l’octroi de 100 bourses d’études, tandis que JOGMEC a participé à la formation de 114 agents de l’État, dont cinq formateurs.

Le contrat conclu avec Xcalibur le 29 janvier 2026 marque une autre étape avec le lancement d’un programme de cartographie géophysique aéroportée et géologique du territoire national.

Le projet MICKA, lancé à Miabi le 25 juin 2026, s’inscrit dans cette même logique et vise à approfondir la connaissance du potentiel cuprifère du Grand Kasaï.

Nouveaux projets : de l’exploitation à l’industrialisation

L’autre grande orientation du ministère consiste à diversifier le portefeuille minier et à utiliser les ressources naturelles comme base d’une industrialisation plus large.

Le projet MIFOR – Mines de Fer de la Grande Orientale apparaît comme l’un des dossiers les plus ambitieux. Son potentiel est estimé entre 15 et 20 milliards de tonnes de minerai de fer à haute teneur, pour un investissement annoncé de 28,9 milliards de dollars.

La première phase prévoit une production de 50 millions de tonnes par an, avec une perspective de montée en puissance jusqu’à 300 millions de tonnes.

Au-delà de l’extraction, l’objectif affiché est de développer une industrie sidérurgique nationale capable de générer des emplois, des infrastructures et davantage de valeur ajoutée localement.

Dans le Kongo Central, le projet de manganèse de Luozi, porté par Asia Mineral Limited, vient également renforcer la stratégie de diversification des ressources exploitées.

Le capital humain, nouvel enjeu de la transformation minière

La transformation du secteur ne repose toutefois pas uniquement sur les investissements et les infrastructures. Elle dépend également des compétences nationales.

Le ministère met ainsi en avant la montée en puissance d’une nouvelle génération de professionnels congolais capables d’occuper des fonctions techniques et stratégiques dans l’industrie minière.

Le Concours d’Excellence BUANYA illustre cette volonté de placer la jeunesse au cœur de la réflexion sur l’avenir du secteur. Les participants ont été invités à formuler des propositions autour des six priorités ministérielles, avec l’objectif de valoriser leur créativité, leur expertise et leur capacité d’innovation.

Une année de transformation, mais surtout un nouveau modèle à construire

Au terme de cette première année, le bilan présenté par le ministère dessine les contours d’un modèle minier davantage orienté vers la transparence, la formalisation, la traçabilité, l’exploration, la transformation locale et la participation des Congolais.

L’enjeu dépasse désormais la seule augmentation de la production. Pour la RDC, première puissance minière d’Afrique centrale, la question centrale est celle de la valeur ajoutée : comment transformer davantage de ressources extraites en emplois, en recettes publiques, en infrastructures, en compétences et en capacités industrielles nationales ?

C’est sur ce terrain que se mesurera la portée durable de la réforme engagée au ministère des Mines.

Une année, six priorités et une ambition clairement affichée : faire des richesses minières de la RDC non plus seulement une source de revenus, mais un véritable instrument d’industrialisation et de développement économique.

THERESIA PHUATI

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