Depuis quelques décennies, l’activité minière en République Démocratique du Congo connaît une forte croissance. Les chiffres ne font que croître. La route menant de Kolwezi à kasumbalesa est l’objet d’un incessant traffic. De gros camions chargés de plusieurs tonnes de minerais valant de milliers de dollars à destinations des ports lointains usent leurs pneus jour et nuit sur le macadam.
Vers les années 1980, seule l’entreprise publique Gécamines, successeur de la société coloniale Union Minière, produisait encore un demi-million de tonnes de cuivre par an. Par la suite, la production s’est littéralement effondrée, au point qu’à partir de l’an 2000, le Congo ne produisait plus que quelques dizaines de milliers de tonnes par an. À cette époque, c’était surtout le diamant qui avait la cote, avec une production de l’ordre de 30 millions de carats (contre 10 millions en 1980), dont plus des deux tiers étaient amenés à la surface par des creuseurs artisanaux. C’est aussi à la même époque qu’avait débuté l’extraction du coltan, de l’or et du fer dans l’est du Congo. Au fur et à mesure de l’augmentation du prix des matières premières liée à l’émergence de la Chine, l’exploitation minière artisanale a connu une expansion considérable, et le Katanga n’a pas fait exception.
Le secteur diamantifere a fini par perdre son éclat au Kasaï, et le Katanga pour sa part, a vu son industrie du cuivre et du cobalt renaître de ses cendres. En 2012, ce sont ainsi plus de 600.000 tonnes de cuivre pur qui ont été produites, et ce, alors que les prix sur le marché mondial culminaient à quelque 6.000 euros la tonne. Pour sa part, la production annuelle de cobalt, plus cher encore (20.000 euros la tonne), atteint des sommets avec des chiffres avoisinant les 100.000 tonnes, soit pratiquement autant que pour l’ensemble de la période allant de 1985 à 2000.
Contrairement à avant, cette production n’est plus concentrée entre les mains de l’entreprise publique Gécamines, mais entre celles des joint ventures mises en place depuis entre la Gécamines et bon nombre de partenaires privés, dont des multinationales minières disposant des milliards d’euros nécessaires à l’exploitation de ces collines vertes. C’est ainsi que le géant minier américain Freeport McMoran a acquis, entre Tenke et Fungurume, une parcelle de 1.600 km² sur laquelle était estimée l’extraction de plus de 4 millions de tonnes de cuivre.
Y-a-t-il eu création massive d’emplois?
A première vue, oui. Cependant, il ne faut pas oublier que la Gecamines a remercié le gros de ses travailleurs et que parmi ceux qui sont restés, plusieurs ont migré vers ces nouvelles entreprises minières.
L’emploi dans le secteur artisanal s’est réduit.
Si le nombre d’emplois a moyennement progressé, les conditions de travail (sécurité, santé, rémunération…) liées aux emplois industriels sont toutefois meilleures que celles des creuseurs, qui prennent souvent des risques élevés dans les tunnels qu’ils ont eux-mêmes creusés. Qui plus est, contrairement à l’exploitation minière artisanale, l’industrialisation peut jeter les bases du développement du Congo, à condition qu’elle se fasse correctement et que les entreprises paient des impôts.
Les salaires versés dans le secteur minier sont eux plus élevés comparativement à ceux des autres secteurs. Il faut ici signaler que dans les grandes villes le salaire ne tourne qu’autour de 200$. Avec un salaire double ou triple, les travailleurs des entreprises minières sont supposés toucher le saint Graal.
Toutefois, en jetant un regard sur la qualité des emplois offerts par ces nouveaux géants du secteur, face à l’ancienne Gécamines on se rend compte que cette dernière logeait décemment ses travailleurs, avait ses propres écoles avec des enseignants de qualité, disposait de ses propres hôpitaux avec un personnel qualifié et aussi, pourvoyait mensuellement ses agents en vivre frais et autres provisions. Aujourd’hui, à côté du salaire dit décent, les travailleurs partent très tôt le matin et ne rentrent que très tard le soir sans parler du logement qui isole le travailleur loin de sa famille, le prédisposant à l’infidélité, au concubinage et même au divorce.
Quel est l’impact réel de ces millions supposés investis dans ces contrées exploitées?
Il est trop faible.
Pour la plupart, les contrats conclus entre les investisseurs et l’état congolais manquaient de clarté : tout se déroulait dans l’opacité la plus totale.
Sur terrain, en réalité se constate une très faible opportunité d’emploi à l’échelon local. Les travailleurs sont rarement fils du terroir, sans parler des nuisances environnementales.
Le Congo a même adhéré à l’initiative EITI (Extractive Industries Transparency Initiative), qui contraint les entreprises minières à déclarer les montants versés aux autorités publiques.
Quoique les entreprises minières clament verser des millions a l’état congolais dans leur programmes sociaux, beaucoup estiment que, malgré le semblant de progrès, l’industrie minière ne contribue pas suffisamment à l’essor de la société congolaise. Ils comparent sans cesse les nouvelles entreprises à l’ancienne Gécamines qui, autrefois, contribuait à elle seule avec environ 70% au budget du pays. L’argent, fruit des ventes des minerais congolais, ne transite pas par les banques congolaises.
Le nouveau code minier, la récente visite du président de la République en Chine ainsi que d’autres actions n’ont eu pour but que la revisitation des contrats afin que les partenariats soient gagnant-gagnant.
Dans l’entretemps, les camions chargés de cuivre sont chaque jour plus nombreux à quitter notre pays et ce que perçoit le Congo en échange demeure insignifiant.
Jusqu’à quand durera cette vaste imposture?
Seul l’avenir nous le dira.
