Nouveau retournement de situation au Sénégal. Les sages du Conseil constitutionnel ont annulé jeudi 15 février au soir le report de l’élection présidentielle, annoncée par le président Macky Sall le 3 février.

C’est une journée historique. Pour une fois, le Conseil constitutionnel a osé dire non à un caprice du président de la République», se félicite Abdou Khafor Kandji, membre du mouvement citoyen Y’en A Marre. Son organisation fait partie du collectif Aar Sunu Élection (Protégeons notre élection), établi pour exiger le rétablissement du calendrier électoral.

Un coup dur pour Macky Sall
S’il annule bien le report de l’élection, le Conseil constitutionnel reconnaît toutefois l’impossibilité de maintenir l’élection le 25 février et demande aux autorités d’établir une nouvelle date «dans les plus brefs délais». Les juges ont également réitéré que la durée du mandat du président de la République «ne peut faire l’objet de révision».

L’opposition salue la décision mais rappelle que Macky Sall devra quitter ses fonctions au plus tard le 2 avril, date de fin de son mandat. «Après satisfaction nous exigeons que le président organise cette élection le plus vite possible et que la campagne continue», dit Fadel Touré, secrétaire administratif des Patriotes du Sénégal pour l’éthique et la fraternité (Pastef), parti de l’opposant Ousmane Sonko, dissout l’an dernier.

La décision du Conseil constitutionnel est un coup dur pour Macky Sall, qui avait justifié le report de l’élection par le «différend entre l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel». Le Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade avait demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire contre le Conseil constitutionnel et accusé le premier ministre et candidat de la majorité, Amadou Ba, de corruption. Certains observateurs estiment que la perspective d’un possible défaite d’Amadou Ba lors du scrutin aurait encouragé Macky Sall à reporter le vote.

Il est clair qu’après cette crise, l’exception sénégalaise va se renforcer. »

Mamadou Diouf, historien et enseignant à l’université Columbia de New York
«C’est le second grand échec du Président Macky Sall. Il n’a pas réussi à imposer son désir de briguer un 3e mandat, et il n’a pas réussi à faire un coup d’État constitutionnel», estime Mamadou Diouf, historien et enseignant à l’université Columbia de New York.

Plusieurs recours en justice avaient été introduits auprès de la Cour Suprême et du Conseil constitutionnel début février pour contester le report de l’élection. La décision rendue jeudi pourrait conforter la réputation du Sénégal en tant que démocratie stable dans une Afrique de l’Ouest minée par les coups d’État et l’insécurité. Elle redore aussi l’image des institutions juridiques, souvent accusées de servir le pouvoir en place. «Il est clair qu’après cette crise, l’exception sénégalaise va se renforcer», assure Mamadou Diouf, qui dit être «optimiste» pour l’avenir de son pays.

Plusieurs détenus politiques libérés
Quelques heures avant la décision du Conseil constitutionnel, plusieurs détenus politiques ont été libérés sur ordre du président Macky Sall dans une tentative d’«apaisement» annoncée. Parmi eux, Aliou Sané, le coordonnateur du mouvement citoyen Y’en a Marre ou encore Toussaint Manga, un haut responsable du Pastef. «Nous sommes vraiment satisfaits de revoir nos frères et sœurs qui ont été séquestrés par le régime en place», témoigne Fadel Touré.

Des manifestations avaient éclaté la semaine dernière contre la décision du report.

Christian kisila

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